Le Burkina Faso, deuxième producteur de coton en Afrique de l’Ouest, engagé dans une profonde mutation de son économie, a fait de la transformation locale de son « or blanc » un levier stratégique pour bâtir une industrie souveraine et créatrice d’emplois. Sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, le pays entend rompre avec des décennies d’exportation de fibre brute pour capturer la valeur ajoutée sur son propre sol.

Le projet le plus emblématique de cette ambition est le complexe industriel AKOTON. Le 20 avril 2026, un mémorandum a été signé avec des partenaires russes pour la mise en place d’une usine intégrée de transformation du coton à Ouagadougou . Dénommé AKOTON, ce complexe vise à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de la fibre brute à la confection de produits finis, avec des retombées estimées à des milliers d’emplois directs et indirects . « Bien plus qu’une usine, AKOTON est un écosystème », souligne un journaliste local .

Ce virage stratégique s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation et de diversification des capacités industrielles du pays. La Filature du Sahel (FILSAH), opérationnelle depuis 1999 à Bobo-Dioulasso, a vu sa capacité de production portée à 10 000 tonnes par an, employant plus de 500 personnes et générant près de 600 millions de francs CFA de recettes fiscales annuelles . Elle soutient indirectement plus de 100 000 acteurs à travers la teinture, le tissage et la confection . Le gouvernement a également lancé en 2024 la construction du complexe Irotext-Burkina à Sourgou, un investissement de plus de 165 milliards de francs CFA pour transformer 20 000 tonnes de fibres par an et créer 5 000 emplois directs .

Ces investissements se heurtent toutefois à des obstacles. La concurrence déloyale liée à l’importation frauduleuse de fils et de pagnes a provoqué des stocks invendus à la FILSAH . Le gouvernement a répondu en interdisant certaines importations et en renforçant les contrôles, avec des saisies de produits frauduleux d’une valeur de plus de 20 millions de francs CFA . La labellisation du Faso Dan Fani vise également à protéger le marché local .

En misant sur des partenariats internationaux avec la Russie et des investissements locaux via des usines comme FILSAH, le Burkina Faso construit progressivement l’armature d’une économie résiliente. « Choisir le fil produit localement, c’est soutenir toute une chaîne de valeurs et préserver des emplois », rappelle le directeur général de FILSAH . Un défi à la hauteur des ambitions d’un pays qui ne veut plus seulement exporter sa matière première, mais aussi sa fierté industrielle.

Hakim B.

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