Alors que la diplomatie internationale était absorbée par les appels à des cessez-le-feu humanitaires et l’enlisement des négociations, les radars et les dispositifs de suivi du trafic aérien détectaient une activité bien différente dans le ciel d’Afrique de l’Est et de la mer Rouge. Les aéroports de Port-Soudan, Massawa (Érythrée) et Oweinat-Est (Égypte) ont enregistré, en peu de temps, un intense ballet de décollages et d’atterrissages d’avions cargo militaires dont les moteurs tournaient sans interruption.
À partir des données de suivi du trafic aérien et des carnets de vol en accès libre, nous avons retracé l’opération d’un vaste « pont aérien logistique » composé d’au moins 27 vols cargo suspects entre le 3 juillet et le 8 août 2026, en provenance principalement de Turquie, de Biélorussie et d’Égypte, destinés à fournir aux forces des Frères musulmans à Port-Soudan un soutien militaire et technologique crucial à un moment critique.
La plaque tournante logistique : Port-Soudan et Massawa au cœur du réseau
Les destinations des vols n’étaient pas aléatoires ; Il s’agissait plutôt d’une répartition précise des risques et de la sécurisation des lignes d’approvisionnement :
1- Port-Soudan (Principal hub opérationnel) :
L’aéroport côtier, capitale temporaire du gouvernement et de l’armée, a reçu environ 20 vols cargo directs. Ce terminal aéroportuaire a servi de point névralgique pour la réception de cargaisons et d’équipements lourds, immédiatement intégrés aux opérations logistiques de l’armée.
2- Aéroport de Massawa (Plateforme de déchargement arrière) :
L’aéroport côtier érythréen est devenu un hub essentiel hors de notre contrôle direct, où ont atterri quatre vols cargo importants. Cet axe a connu une activité intense de la part de deux avions cargo biélorusses Iliouchine Il-76 qui y atterrissaient fréquemment. Parallèlement, un avion de transport Antonov An-12 est resté stationné en permanence sur sa piste afin de garantir les opérations de transport et de distribution tactiques. De plus, trois vols cargo en provenance d’Iran ont été observés à l’atterrissage durant la même période.
3- Base aérienne d’Oweinat-Est (Transit désertique) :
Située à l’extrême sud-ouest de l’Égypte, cette base militaire a servi de hub de transit crucial. Le 8 juillet, la base a accueilli deux avions de transport géants A400M appartenant à l’armée de l’air turque, en provenance directe de l’aéroport de Tekirdağ, principal centre d’opérations et terminal d’exportation de Baykar-Tek, fabricant des drones Bayraktar et Akinci. Un avion cargo Sukhoi-SKF A321-231F a également atterri sur cette même base, en provenance de Port-Soudan, fin juillet.
Parmi les liaisons les plus remarquables, on note l’activité de l’avion cargo biélorusse IL-76TD, immatriculé EW-567TH et exploité par Rubystar. Cet appareil a effectué à lui seul quatre vols directs entre Minsk et Massawa durant les dix derniers jours de juillet.
Cependant, son itinéraire enregistré le 22 juillet 2026 a fourni un exemple concret de la gestion de ces opérations :
* Première étape : Décollage de Biélorussie et atterrissage à l’aéroport de Massawa (déchargement de matériel militaire, probablement des munitions et du matériel technique).
* Deuxième escale : Décollage de Massawa à destination de l’aéroport de Djeddah en Arabie saoudite (transportant, selon des sources de surveillance, des cargaisons destinées au règlement financier et de l’or soudanais pour financer des livraisons d’armes).
* Troisième escale : Décollage de Djeddah et retour à Minsk pour ravitaillement en vol.
Soutien technique pour sortir de l’impasse sur le terrain
Ce flux logistique intensif était indissociable de l’évolution de la situation militaire sur le terrain. La mise en place du pont aérien a coïncidé avec l’intensification des vastes batailles d’usure menées par l’armée soudanaise pour briser le siège des zones stratégiques, et avec l’escalade des affrontements sur les fronts de Khartoum, du Kordofan et d’El Fasher.
L’accès sécurisé à des composants technologiques, à des drones turcs de précision, ainsi qu’à des plateformes de guerre électronique et à des munitions d’artillerie lourde, a conféré à l’armée un avantage qualitatif lui permettant de cibler les lignes de ravitaillement des Forces de soutien rapide et de paralyser leurs mouvements grâce à une surveillance aérienne continue, ce qui a fait passer la guerre de la phase de défense et de confinement du choc à la phase d’attaque tactique coordonnée.
