La visite de Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine (UA), à Abu Dhabi en juillet 2026, marque une étape décisive dans le rapprochement institutionnel entre l’Union africaine et les Émirats arabes unis. Cette première session de consultations politiques au plus haut niveau a abouti à la création de groupes de travail conjoints sur l’économie, l’énergie, la sécurité et le développement humain, traduisant une volonté commune d’approfondir le partenariat bilatéral.
Les discussions entre Mahmoud Ali Youssouf et le ministre d’État émirati, Cheikh Shakhboot bin Nahyan Al Nahyan, se sont inscrites dans le cadre du mémorandum d’entente signé en 2019 entre les deux parties. Les deux délégations ont réaffirmé leur engagement commun à renforcer la coopération UAE-AU, en s’appuyant sur les avancées réalisées depuis les premières consultations politiques tenues à Abu Dhabi le 13 septembre 2025.
Au cœur des échanges : l’alignement sur l’Agenda 2063, la vision stratégique de l’UA pour un continent intégré, prospère et pacifique. Les deux parties ont convergé sur la centralité de cette feuille de route, en particulier l’initiative phare « Silencing the Guns by 2030 » (Faire taire les armes d’ici 2030) et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf/AfCFTA). Ces priorités soulignent le lien intrinsèque entre paix, sécurité, commerce et développement, principes directeurs du partenariat UA-Émirats.
La création de groupes de travail sectoriels constitue l’innovation majeure de cette session. Ces mécanismes permettront d’opérationnaliser la coopération dans des domaines stratégiques :
Économie : promotion des investissements émiratis en Afrique, facilitation du commerce intra-africain via la ZLECAf, et soutien aux initiatives d’intégration économique régionale.
Énergie : coopération dans les énergies renouvelables, transfert de technologies et développement d’infrastructures énergétiques durables, alignés sur les objectifs climatiques de l’Agenda 2063.
Sécurité : appui aux efforts de l’UA pour la prévention des conflits, la gestion de crise et la consolidation de la paix, en cohérence avec l’initiative « Silencing the Guns ».
Développement humain : programmes de formation, renforcement des capacités institutionnelles et projets dans les secteurs de la santé et de l’éducation.
Cette institutionalisation du partenariat s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des alliances africaines. Les Émirats, déjà présents économiquement sur le continent via le Fonds d’Abu Dhabi pour le développement (ADFD) et des investissements dans les ports, l’agriculture et les énergies renouvelables, cherchent désormais à ancrer leur influence via un cadre politique structuré avec l’UA.
L’alignement sur l’Agenda 2063 donne une légitimité continentale à ce partenariat. En s’engageant à soutenir les priorités africaines définies par l’UA, les Émirats se positionnent comme un partenaire du Sud, respectueux de l’appropriation africaine de son développement. Cette approche contraste avec les partenariats traditionnels Nord-Sud, souvent perçus comme imposant des conditionnalités.
Les prochaines réunions des groupes de travail, prévues semestriellement, permettront de traduire ces engagements en projets concrets. Le succès de ce partenariat se mesurera à l’aune des décaissements effectifs et de l’impact tangible sur les populations africaines.
