Le Togo s’apprête à porter un combat symbolique mais profondément stratégique sur la scène internationale. À l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies prévue en septembre 2026, le pays soumettra une résolution visant à modifier la représentation cartographique de l’Afrique sur les cartes du monde. Soutenue par l’Union africaine, cette initiative entend s’attaquer à une injustice visuelle vieille de plusieurs siècles, qui déforme la perception du continent aux yeux du monde entier.
Au cœur du débat se trouve la projection de Mercator, élaborée au XVIe siècle par le cartographe flamand Gerardus Mercator. Conçue à l’origine pour répondre aux besoins des navigateurs maritimes de l’époque, cette représentation introduit des distorsions considérables dans la taille apparente des continents. Les terres situées près des pôles, comme le Groenland, y apparaissent démesurément grandes, tandis que celles proches de l’équateur, à commencer par l’Afrique, semblent réduites à une portion congrue de leur superficie réelle.
Le fossé entre la réalité et la perception est pourtant abyssal. Avec plus de 30 millions de kilomètres carrés, l’Afrique est le deuxième plus grand continent de la planète, derrière l’Asie.
Pourtant, sur les cartes issues de la projection Mercator, elle apparaît visuellement beaucoup plus petite que des territoires comme le Groenland, dont la superficie réelle est près de quatorze fois inférieure à celle du continent africain. Une distorsion qui, à force d’être vue et reproduite, finit par s’imprimer durablement dans les esprits.
L’initiative togolaise et africaine dépasse largement le cadre technique de la cartographie. Elle soulève une question fondamentalement politique : dans quelle mesure les outils de représentation du monde ont-ils contribué à façonner une vision biaisée des rapports de force entre continents ? Minimiser visuellement l’Afrique, c’est aussi, consciemment ou non, minimiser son poids, son importance et sa centralité dans les affaires du monde. Corriger cette distorsion, c’est poser un acte de réparation symbolique autant que scientifique.
