Le Président botswanais Duma Boko a lancé un combat sans précédent contre la corruption, déterminé à restaurer la confiance des citoyens dans leurs institutions. Depuis son élection en octobre 2024 sur un programme fermement axé sur la lutte contre la corruption, il a engagé une vaste opération de traque des fonds publics détournés.
Au cœur de cette stratégie figure un audit forensique historique couvrant une décennie de dépenses publiques, de 2014 à 2024. Confié au cabinet international Alvarez & Marsal pour un montant de P54,7 millions, cet audit a passé au crible les finances de l’ensemble du gouvernement et de 30 entreprises publiques. Le président Boko a tenu à préciser que l’opération n’était « pas un coup politique » mais une véritable entreprise de « traçage des actifs » pour suivre la piste de l’argent volé.
Les résultats ont dépassé toutes les attentes. L’audit a mis au jour une perte estimée à P33 milliards, liée à des soupçons de corruption généralisée. Plus de 80 hauts responsables, dont des ministres, des fonctionnaires et des dirigeants d’entreprises publiques, ont été identifiés pour des enquêtes complémentaires. Le rapport, qui a été remis au président en avril 2026, a été suivi d’une annonce : des enquêtes formelles seraient ouvertes sur tous les cas présumés d’inconduite.
Conscient que l’audit n’était qu’une première étape, le gouvernement a mis en place une stratégie en deux volets parallèles. Le premier consiste à engager des poursuites judiciaires sur la base des preuves recueillies, tandis que le second vise à mettre en œuvre les recommandations pour réformer en profondeur les systèmes de gouvernance. Le président a insisté sur la nécessité de traduire en justice les responsables, rappelant que l’efficacité du système judiciaire est cruciale pour soutenir cette démarche.
Le ministre d’État, Moeti Mohwasa, a même appelé les personnes ayant illicitement bénéficié de fonds publics à les restituer volontairement pour faciliter le processus de recouvrement. Le vice-président Ndaba Gaolathe s’est dit personnellement engagé dans la récupération de l’argent, considérant que c’était une raison essentielle de leur élection.
Si l’opposition craint une « chasse aux sorcières » et que certains syndicats réclament la publication intégrale du rapport pour une transparence totale, l’initiative est largement perçue comme un signal fort. En s’attaquant de front à ce qu’il a lui-même qualifié de « gangrène » qui a affecté des pans entiers de l’administration, y compris le système de santé, le Président Duma Boko tente de restaurer la confiance des citoyens et celle des investisseurs dans les institutions. Le succès de ce pari dépendra désormais de la capacité du système judiciaire à suivre le rythme des investigations et des poursuites, et à traduire les promesses en actes pour un Botswana plus juste et plus prospère.
Amen K.
