L’est de la République démocratique du Congo est de nouveau frappé par le spectre d’Ebola. Mais cette fois, la menace revêt un caractère particulièrement inquiétant : c’est le variant Bundibugyo, rare et encore insuffisamment maîtrisé par la science, qui sévit dans la région. Déjà présent dans six zones de santé, ce variant a provoqué des dizaines de morts, contaminé des soignants et déclenché une alerte sanitaire à l’échelle mondiale, tandis que les autorités congolaises font état de 543 cas suspects et de 136 décès suspects, dont treize cas confirmés en laboratoire.
La gravité de la situation est accentuée par le profil des victimes. Parmi les cas confirmés figurent quatre agents de santé décédés à Mongbwalu, une réalité qui illustre le danger extrême auquel sont exposés les personnels soignants en première ligne. La contamination des soignants est toujours un signal d’alarme majeur lors des épidémies d’Ebola, car elle fragilise précisément le dispositif de riposte censé endiguer la propagation du virus et priver l’épidémie de son carburant.
Ce qui rend cette flambée particulièrement redoutable, c’est la rareté du variant en cause. Il ne s’agit que de la troisième épidémie mondiale liée au variant Bundibugyo dans l’histoire, après celle survenue en Ouganda en 2007 et celle d’Isiro, dans le nord-est congolais, en 2012. Cette rareté signifie que les données épidémiologiques disponibles sont limitées, que les protocoles de riposte sont moins rodés et que les équipes médicales disposent d’une expérience bien moindre face à cette souche spécifique.
Le problème va au-delà de la seule méconnaissance du variant. Sur les dix-sept épidémies d’Ebola recensées en RDC depuis 1976, quinze étaient causées par la souche Zaïre, de loin la plus documentée. C’est naturellement autour de cette variante que les chercheurs ont concentré leurs efforts, développant vaccins et traitements qui ont permis de mieux contrôler les crises récentes. Face au variant Bundibugyo, cet arsenal thérapeutique montre ses limites, laissant les autorités sanitaires avec des outils inadaptés face à une épidémie qui progresse vite.
