La transformation numérique s’accélère en Afrique et s’impose comme un levier de développement socio-économique. Mais son adoption à grande échelle dépend d’une condition souvent négligée : la confiance des utilisateurs dans la sécurité des plateformes, la protection de leurs données et la fiabilité des transactions. C’est l’enjeu au cœur de la sixième édition du Cyber Africa Forum (CAF), prévue les 16 et 17 novembre à Cotonou, sous le thème « Construire la confiance numérique de demain ».
Selon Franck Kié, commissaire général du CAF, plus de 70 partenaires sont attendus et plus de 2 000 inscriptions sont déjà enregistrées, à deux semaines de l’événement un record par rapport aux quelque 1 500 participants des éditions précédentes. Des délégations officielles de Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Rwanda et du Cameroun sont annoncées.
L’intelligence artificielle renforce les capacités des cybercriminels en automatisant les attaques. « Un même acteur peut désormais mobiliser plusieurs agents d’IA pour explorer des systèmes, rechercher des vulnérabilités et multiplier les opérations malveillantes », explique Ouanilo Medegan Fagla, directeur général du Centre national d’investigations numériques (CNIN) du Bénin. Ces technologies perfectionnent aussi l’hameçonnage, rendant les fraudes plus difficiles à identifier.
Au Bénin, le CNIN a enregistré plus de 6 500 plaintes liées aux infractions numériques en 2025, contre environ 4 000 en 2024, soit une hausse supérieure à 60 %. Le responsable nuance toutefois : cette progression peut aussi refléter une meilleure connaissance des mécanismes de signalement.
À l’échelle continentale, les indicateurs s’aggravent. INTERPOL relevait déjà en juin 2025 une progression pouvant atteindre 3 000 % des notifications d’escroqueries présumées dans certains pays africains. Selon l’édition 2026, les pertes financières liées à la cybercriminalité sont passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions en 2025, et le nombre de victimes identifiées de 35 000 à 87 000. L’IA intervient dans 55 % des cyberinfractions signalées dans les 36 pays couverts.
La sécurité ne se limite pas à la lutte contre les attaques. Marc-André Loko, directeur général de l’ASIN, insiste sur trois priorités : compétences, qualité des données et infrastructures, en soulignant l’importance de l’hébergement local des données sensibles. Richmond Tiémoko, de l’UNFPA, plaide pour une sécurité « dès la conception » des outils, respectueuse des droits et attentive aux populations vulnérables.
Le déficit de capacités locales fragilise l’ensemble. Les restrictions imposées par certains fournisseurs étrangers d’IA limitent le travail des équipes de test, d’où la nécessité de développer des capacités de calcul souveraines. Selon INTERPOL, 95 % des pays interrogés font état de besoins en formation, ressources ou outils ; seuls 30 % disposent d’un système de signalement des incidents, 29 % d’un dépôt de preuves numériques et 19 % d’une base de données sur les cybermenaces. La confiance numérique africaine se construira donc autant avec des pare-feu qu’avec des compétences.
