Burkina Faso : Les industries créatives, un gisement d’emplois pour la jeunesse et un levier de diversification économique

Longtemps reléguées au rang de simple divertissement, les industries culturelles et créatives (ICC) burkinabè s’affirment désormais comme un secteur économique à part entière. De la musique au cinéma en passant par l’artisanat, les autorités multiplient les dispositifs de soutien pour transformer la créativité des jeunes en richesse nationale.

Dans le domaine musical, le gouvernement mise sur la structuration de la filière et la consommation locale. Lors d’un colloque tenu en juin 2026, le ministre en charge de la Culture a appelé les Burkinabè à consommer massivement la production nationale, estimant que « chaque œuvre burkinabè écoutée, diffusée ou achetée représente un acte concret de soutien à la création nationale » et permet de « créer des emplois ». Des rencontres professionnelles comme les REMA visent quant à elles à convertir l’audience numérique des artistes en revenus réels, en incitant les fans à passer du « like » à l’achat de billets et de musique.

Le cinéma bénéficie d’un engagement financier sans précédent. L’État a mis en place le « Faso Films Fonds », doté d’une enveloppe annuelle d’un milliard de francs CFA, qui a déjà permis de subventionner 58 projets sur 256 dossiers reçus lors du premier appel. L’Agence burkinabè de la cinématographie et de l’audiovisuel (ABCA) plaide par ailleurs pour une meilleure diffusion des œuvres nationales sur les télévisions locales, afin que les écrans burkinabè reflètent davantage les réalités du continent.

L’artisanat, pilier historique de l’économie informelle, fait l’objet d’une volonté de transformation industrielle. Le président Ibrahim Traoré a affirmé lors du SIAO 2026 que l’artisanat « ne doit plus être considéré uniquement comme l’héritage de notre passé » mais « doit devenir l’un des fondements de notre avenir industriel ». Le pays compte déjà 12 892 artisans immatriculés, dont 828 ont bénéficié de financements et 708 ont accédé à la commande publique ou privée.

Ces efforts s’inscrivent dans une dynamique plus large de professionnalisation. Le Forum burkinabè des industries culturelles et créatives (FOBICC) a lancé en 2026 une plateforme de collecte de données statistiques pour pallier le manque d’indicateurs chiffrés et faciliter le dialogue avec les institutions financières. Une précédente étude d’impact avait déjà révélé que plus de 5 000 emplois temporaires ou consolidés avaient été créés dans le cadre d’un programme d’appui aux industries créatives cofinancé avec l’Union européenne. Autant de signaux qui confirment que la culture peut devenir un moteur tangible de diversification économique pour le Burkina Faso.

John Assih.

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