Accra veut son atome. Sur un continent où le nucléaire gagne du terrain, le président John Dramani Mahama a annoncé, jeudi 29 octobre, l’ouverture de discussions avec le groupe public russe Rosatom. Il s’exprimait au troisième forum Russie-Afrique, à Moscou, au sujet du programme ghanéen de nucléaire civil.
Pour le chef de l’État, l’équation est simple : pas d’industrialisation sans électricité fiable et abordable. Selon Ghana News Agency, il a jugé que la Russie possède un avantage dans le nucléaire comme dans les énergies renouvelables, deux domaines où les deux partenaires peuvent coopérer.
Le Ghana ne met pas tous ses œufs dans le même panier. En avril 2024, il a signé un accord-cadre avec la chinoise CNNC pour un réacteur Hualong One d’environ 1 200 MW. En août de la même année, Nuclear Power Ghana, l’organisme public qui pilote le programme, a conclu avec l’américain Regnum Technology Group, associé à la technologie NuScale, un accord de deux ans portant sur de petits réacteurs modulaires totalisant 924 MW.
Le pays vise environ 1 000 MW de capacité nucléaire opérationnelle d’ici 2034. Selon l’Association nucléaire mondiale, Nsuban, dans la région de l’Ouest, est le site privilégié. Obotan, dans la région Centrale, constitue l’alternative. Le programme en est à la deuxième phase du cadre de l’AIEA : études de site, préparation des institutions, réglementation et négociations avec les fournisseurs. La construction relève de la troisième.
Sur le terrain, le travail avance. En septembre, la ministre de l’Environnement, des Sciences et de la Technologie, Zanetor Agyeman-Rawlings, a fait état de dispositifs de suivi météorologique installés sur les sites envisagés, de vérifications géographiques et d’acquisitions foncières. Côté compétences, l’École des sciences nucléaires et des disciplines connexes a déjà formé plus de 800 diplômés de master et de doctorat. Le pays coopère avec l’AIEA, l’Union européenne, les États-Unis, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et la Russie.
Reste l’obstacle majeur. En mars, Stephen Yamoah, directeur général de Nuclear Power Ghana, a indiqué que les études détaillées du site et l’évaluation des incidences environnementales, indispensables avant toute construction, n’étaient pas financées.
En multipliant les partenaires, Accra se donne le choix du meilleur offreur. Mais entre les accords-cadres et le premier kilowattheure, il faudra boucler le financement. C’est lui qui conditionnera la crédibilité de l’ambition nucléaire du Ghana.
